Page actualisée et vérifiée le 2 décembre 2022

Le coût de la mesure de protection

En bref

Si la mesure du tutelle, de curatelle, de sauvegarde de justice avec mandat spécial est gérée par un membre de la famille ou un proche , le principe est la gratuité (sauf cas particulier liés à des remboursements de frais, et dans cette hypothèse, à partir des fonds de la personne protégée et après autorisation du juge des tutelles ). 

Si un professionnel MJPM intervient (un mandataire judiciaire à la protection des majeurs exerçant dans une association agréée, dans un établissement en tant que "préposé", ou à titre privé), une participation mensuelle est prélevée sur le compte de la personne protégée, au prorata de ses ressources et de son patrimoine (sauf si ses revenus mensuels sont équivalents ou inférieurs au montant de l' AAH ).

Les conditions de cette participation financière ont été modifiées par le décret 2018-767 du 31 août 2018  (décret qui a eu pour conséquence d'inclure un plus grand nombre de personnes susceptibles de payer des frais de gestion, mais également d'en augmenter le montant).

La demande d'une mise sous protection est gratuite (sauf le coût de l'expertise médicale, d'un montant de 160 € à la charge de la personne à protéger).

A noter : les mesures alternatives d'habilitation familiale et d'habilitation entre époux s'exercent à titre gratuit.

 

Pour en savoir plus

Le coût de la mesure en cas de gestion familiale ou par un proche

Un principe de gratuité en cas de mandat de protection confié à la famille ou à un proche

Si la mesure de protection juridique est exercée dans un cadre familial ou par proche, il n'y a pas de frais réclamés à la personne majeure protégée .

Ce principe de gratuité s'applique :

- pour les mesures de tutelle, de curatelle et de sauvegarde de justice (quand celle-ci est assortie d'un mandat spécial)

- également pour les mesures alternatives à une protection juridique classique, pour les mesures d'habilitation familiale et d'habilitation entre époux.

- aussi à la mise en place d'un mandat de protection future pour soi ou pour autrui si le mandataire désigné est un membre de la famille ou un proche

La possibilité d’un remboursement des frais liés au mandat

Le juge des tutelles  peut allouer au tuteur familial des indemnités pour le rembourser des frais nécessaires à sa mission.

Il peut s'agir, par exemple, de frais liés à l'affranchissement de courriers, à l'édition en nombre de photocopies, à la facturation de documents par des organismes...

Dans ce cas, ce remboursement s'effectue à partir du compte de gestion de la personne protégée , sur la base de justificatifs et après accord du juge des tutelles.

Le remboursement de frais peut être décidé par le conseil de famille s'il existe > cf. notre page sur la tutelle > les différents types de mesure.

A titre exceptionnel, des remboursements supplémentaires peuvent être accordés si les actes effectués dépassent ceux de la gestion courante (par exemple, le remboursement de frais de déplacement et d'hébergement pour une démarche éloignée géographiquement).

A noter : la sauvegarde de justice sans mandat spécial et la sauvegarde de justice médicale, ne peuvent pas entraîner de frais pour la personne majeure protégée puisque qu'aucun mandataire n'est désigné pour exercer ces mesures (le motif principal de ces deux régimes de protection étant de pouvoir contester un acte posé par l'adulte vulnérable si cet acte s'avérait contraire à ses intérêts).

Le coût de la mesure en cas de gestion professionnelle

Des frais de gestion selon les revenus et le patrimoine de la personne protégée

Si la mesure est confiée à un professionnel MJPM , son financement est à la charge partielle ou totale de la personne protégée, en fonction de ses ressources et de son patrimoine. 

Dans ce cas, le mandataire judiciaire à la protection des majeurs  est une association agréée, un préposé d’établissement ou un mandataire judiciaire privé.

Le juge peut également accorder au tuteur professionnel (s'il en fait la demande), une indemnité particulière pour des actes nécessitant une action spécifique. Il s'agit, dans ce cas, de remboursements exceptionnels liés à la gestion d'actes dépassant ceux de la gestion courante.

Un calcul des frais de gestion fixé par décret

Le décret 2018-767 du 31 août 2018 fixe les modalités de la participation des personnes majeures protégées au financement de leur mesure de protection. 

Cette participation est fixée à partir d'un barème retenant trois tranches d'imposition calculées à partir des ressources de l'année précédente.

Cependant, les ressources mensuelles de la personne protégée ne sont pas l'unique critère pour le calcul des frais de gestion.

L'article R 471-5-2 du Code de l'Action Sociale et des Familles établit la liste des autres ressources prise en compte dont notamment :

- les intérêts des comptes de placement (livret A, LDD, PEL, compte à terme...)

- un forfait de 3% d'intérêts des contrats d'assurance-vie (montant calculé sur la valeur de rachat).

- les revenus issus des biens immobiliers (50% de la valeur locative pour le bâti même s'ils ne sont pas loués ; dans ce cas, un calcul est établi sur la base de la taxe foncière. 80 % sur le non-bâti).

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Une exonération des frais de gestion pour les revenus mensuels inférieurs ou égaux à l' AAH

Les personnes protégées dont les revenus sont inférieurs ou égaux à l’AAH ne règlent pas de frais de gestion (sauf exception, cf. notre 2ème exemple).

Par exempleMr G. a pour seule ressource mensuelle une allocation adulte handicapé (AAH), il n'a qu'un compte courant et ne possède aucune épargne ni bien immobilier : il ne sera pas tenu au paiement de frais de gestion.

Cependant, si la personne majeure protégée a des ressources mensuelles inférieures ou égales à l'AAH mais qu'elle dispose de revenus complémentaires, elle devra participer au financement de sa mesure de protection.

Par exemple : Mme D., avec les mêmes ressources (une AAH), mais ayant une épargne s'élevant à 42 000 €, devra s'acquitter mensuellement d'environ 10 € de frais de gestion. Les intérêts de ses comptes de placement sont en effet pris en compte. La situation de Mme D. relève donc de la 1ère tranche (voir ci-dessous).

Les trois tranches pour le calcul des frais de gestion

Pour le calcul des frais de gestion des mesures de protection exercées par les professionnels MJPM, trois tranches sont prévues :

1ère tranche : revenus supérieurs à l'AAH mais inférieurs ou égal au SMIC brut > taux calculé sur la base de 10 % des revenus annuels (entre 11 480 € et 20 147,40 € inclus au 1er septembre 2022)

Concrètement, cela concerne les personnes percevant entre 956,65 € et 1 678,95 € de revenus nets mensuels. Leur participation financière mensuelle sera comprise entre 0 € et 64,65 €. (par exemple, Mr C, disposant d'une retraite mensuelle de 1 280 € et n'ayant aucun compte épargne ni de revenu issu d'un bien immobilier, règlera des frais de gestion mensuels d'un montant d'environ 40 €).

- 2ème tranche : revenus supérieurs au SMIC brut ou inférieurs ou égal à 2.5 SMIC brut > taux calculé sur la base de 23 % des revenus annuels (entre 20 147,40 € et 48 093,50 € inclus au 1er septembre 2022)

De façon pratique, sont concernées les personnes ayant des ressources mensuelles nettes comprises entre 1 678,95 € et 4 007,80 €. Leur participation financière sera comprise entre 64,65 € et 357 € (par exemple, Mme H., percevant des ressources mensuelles s'élevant à 2 630 € et disposant d'une épargne de 40 000 €, devra régler des frais de gestion à hauteur d'environ 260 € par mois ; autre exemple, Mr S., percevant une retraite mensuelle de 1 720 € et n'ayant aucune épargne, devra régler chaque mois la somme d'environ 100 € au titre de sa participation financière aux frais de sa mesure). Dans ces deux exemple, Mme H. et Mr. S n'ont pas de revenus issus de biens immobiliers.

- 3ème tranche : revenus supérieurs à 2.5 SMIC brut > taux calculé sur la base de 3% des revenus annuels (entre 48 093,50 € et 115 424,40 € inclus, au 1er septembre 2022)

Il s'agit des personnes ayant des ressources mensuelles nettes comprises entre 4 007,80 € et 9 678,70 € (plafond maximum du calcul des frais). Leur participation financière sera comprise entre 357 € et 486 € (par exemple, Mme B., percevant des ressources mensuelles s'élevant à 4 250 €, disposant d'une épargne de 400 000 € en assurance-vie et 30 000 € sur des livrets, devra régler des frais de gestion mensuels d'environ 370 € ; elle n'a pas de revenu issu de biens immobiliers).

A noter : les différents exemples sont donnés à titre purement indicatif (la particularité de chaque situation conduit à un calcul spécifique et précis des frais de gestion à devoir par la personne protégée).

Les frais de gestion, un coût à ne pas négliger

Le coût d'une mesure exercée par un professionnel MJPM peut représenter un montant substantiel.

Ce coût a un caractère exponentiel quand la personne majeure protégée dispose de revenus nets mensuels supérieurs à 1 500 € par mois. C'est un aspect à ne pas négliger, car dans l'hypothèse où les membres d'une famille ont du mal à s'entendre pour exercer eux-mêmes la mesure de tutelle ou de curatelle de leur parent , le juge pourra prendre la décision de la confier à un professionnel (avec la conséquence d'un coût plus ou moins important à la charge de la personne majeure protégée).

Autres informations :

- les professionnels MJPM sont rémunérés par des fonds d'Etat (ces fonds sont en partie alimentés par les caisses et organismes dont dépend la personne majeure protégée, comme par exemple : la CAF, la MSA, la CARSAT...).

- la participation des personnes majeures protégées au financement de leurs mesures (appelée également "frais de gestion") vient en déduction de ce financement public.

- pour les modalités de paiement, la somme due par une personne majeure protégée est prélevée mensuellement sur son compte de gestion (quand un mandat de gestion des ressources a été prononcé : en tutelle, en curatelle renforcée, et éventuellement en sauvegarde de justice avec mandat spécial). En curatelle simple, ces modalités de paiement sont à convenir entre la personne protégée et son curateur professionnel.

- de façon exceptionnelle, une demande d'exonération des frais de gestion, partielle ou totale, peut être sollicitée auprès du Préfet (son représentant au sein de la DDCS compétente) en raison de dettes et/ou de dépenses importantes qui devront néanmoins être justifiées. 

A noter : la participation financière de la personne protégée à sa mesure de protection lui donne droit à une déduction pour ses impôts sur le revenu (cf. notre page sur la fiscalité des majeurs protégés).

Coût d’une mesure de tutelle, de curatelle ou de sauvegarde de justice (avec mandat spécial), bon à savoir  

- le Conseil d'Etat, par une décision du 12 Février 2020, a annulé une tranche de prélèvement qui établissait à 0.6% le montant des sommes à devoir par les majeurs protégés dont les revenus était égal à l’AAH (article R 471-5-3 Code de l'Action Sociale et des Familles - 2ème alinéa). Cette décision a pris effet de façon rétroactive à compter du mois de septembre 2018 (les majeurs protégés qui étaient concernés ont été remboursé des sommes trop-prélevées).

- depuis le 12 février 2020, il n’existe donc plus que trois tranches de calcul (et non quatre).

le décret n° 2020-1684 du 23 décembre 2020 a conduit à l'augmentation de la participation des personnes protégées au financement de leur mesure pour la 2ème et 3ème tranche (respectivement de 8.5% à 10% et de 20% à 23%).

 

 

Textes de référence

Sur le coût et le financement des mesures de protection juridique : article 419 du Code Civil

Sur le montant de la participation de la personne majeure protégée au financement de sa mesure quand elle est confiée à un professionnel MJPM : article R471-5-2 du Code de l'Action Sociale et des Familles

Autres textes : 

décret n° 2020-1684 du 23 décembre 2020 relatif notamment au remboursement des sommes trop-payées en 2018 et 2019 par certaines personnes majeures protégées  

décret n° 2018-767 du 31 août 2018 sur la participation des personnes protégées au financement de leur mesure de protection

décret 2011-936 du 1er août 2011 relatif à la rémunération des mandataires judiciaires.

décret n°2010-1404 du 12 novembre 2010 fixant l'indemnité complémentaire allouée aux mandataires judiciaires à la protection des majeurs.

Sites Internet

Sur le coût d'une mesure de protection : service-public.fr

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